15/04/2009

Elections législatives au Liban

A l'instar de la Belgique, le Liban vote le 07.06.09. Ces élections ont pour objet de renouveler la chambre des représentants pour une durée de 04 ans.
La date butoire pour le dépôt des candidatures était le 07.04.09 à minuit. Selon les sources officielles du Ministère de l'intérieur, 702 candidatures ont été régulièrement enregistrés à la clôture du délai légal pour 128 sièges à pourvoir. Le jeu politique et démocratique  est donc à son paroxisme au Liban, pays dont la superficie n'est que le tiers de la Belgique.

Comme en Belgique, l'électeur libanais devrait pouvoir choisir parmis une large panoplie de candidats et de partis politiques. Le choix de l'électeur libanais est tributaire de plusieurs facteurs. Vient en premier lieu le facteur confessionnel qui semble être l'élément le plus déterminant dans l'inconscient populaire. Ensuite,  se pose le lieu géographique car l'appartenance géographique joue à plein au Liban. Par la suite, il y a le facteur identitaire qui fonctionne de la même manière que celui du confessionalisme. En effet, on peut affirmer que contrairement à la Belgique où la ligne politique d'un Parti détermine en grande partie le choix, au Liban,  l'influence du  Parti politique est secondaire par rapport à la communauté. C'est donc la primauté de l'appartenance confessionnelle qui conditionne le choix des électeurs au Liban.

A la date du 07.06.09, le peuple libanais a rendez-vous avec l'histoire. C'est à lui et à lui seul que revient la responsabilité de façonner le visage du Liban pour l'après 07.06.09. C'est dire que du choix des libanais dépendra son futur immédiat et à court terme. Lors des élections de 2005 les premières dans un pays libre après occupation syrienne de 30 ans, les libanais ont posé un choix clair pour un pays indépendant et libre. Cependant, les jeux politiques internes et les influences régionales et internationales, n'ont pas permis à la majorité de gouverner pleinement. A cela s'ajoute un phénomène endémique à savoir les oppositions confessionnelles et les oppositions intercommuautaires qui paralysent la vie politique, économique et sociale au Liban. Il faut également et surtout tenir compte du fait que certaines communautés sont toujours armées et sont plus puissantes que l'Etat sur le terrain militaire. L'influence des armes est un facteur à prendre en considération dans tous les rapports au Liban en l'absence de la puissance étatique. Par ailleurs, il ne faut surtout pas oublier que le Liban a depuis les années 60 été un terrain propice pour tous les services de renseignement du monde ainsi que pour les factions terroristes et mafieuses. En l'absence d'un Etat capable d'assumer seul la protection de sa population, il est illusoire de croire que les résultats des élections auront été  seulement le fruit d'un choix personnel. C'est pour toutes ces raisons que durant quatre ans, le pays est resté déchiré entre une majorité aspirant à l'édification d'un Etat nation et une minorité téléguidée par l'axe syro iranien jouant à fond l'intérêt de ces deux pays au détriment du Liban.

Partant de ces constats, il appartient au peuple de trancher clairement. Pour cela, il doit permettre l'installation d'une large majorité qui sera en mesure d'assumer le pouvoir dans le sens d'un Liban libre, indépendant et  démocratique.  Il faut permettre l'instauration d'un Etat qui dispose seul des armes et des décisions de paix et de guerre. Seul l'Etat doit pouvoir décider de la destinée du pays et du peuple. Seul l'Etat doit pouvoir décider des orientations. La responsabilité de l'électeur est donc historique. En effet, si le peuple reproduit le même schéma qui prévaut actuellement, il sera difficile de sortir le pays du marasme et des conflits. Il sera surtout difficile voir même inacceptable que les libanais puissent se plaindre d'une situation qu'ils auront eux-mêmes créée.

Seulement, au Liban les choses ne se déroulent pas comme dans les autres pays démocractiques.  Certains facteurs inhérents à la démocratie risquent en effet d'hypothéquer l'installation d'une situation politique claire avec une majorité forte et capable de gouverner et une opposition jouant son rôle de manière naturelle.

Le plus grand danger qui se profile consiste en la multitude de Partis , de courants et de mouvements politiques.  Il serait à peine exagéré d'affirmer que chaque quartier au Liban dispose de son propre Parti, courant ou mouvement politique. Certes le phénomène peut être considéré comme signe de bonne santé de la démocratie. Cependant, ce même phénomène constitue l'handicap le plus grave à la bonne marche de la démocratie. En effet, la multiplication des partis engendre la multiplication des appétis et des divisions.  Ce facteur joue surtout en défaveur des forces indépendantistes car c'est en leur sein que l'on trouve cette caractéristique. Du côté de l'opposition ( opposition à la libanaise) les choses sont plus claires car il n'est pas permis aux autres d'entraver la marche du rouleau compresseur au risque de disparition pure et simple.

La majorité sortante a accompli un travail formidable malgré toutes les difficultés et les menaces physiques.  Si le peuple libanais aspire à un Etat de droit, sa seule alternative est de voter massivement pour les représentants du 14 mars.

Certes la majorité sortante peut se draper d'un bilan plutôt positif. Cependant, fore est de constater qu'elle a fait preuve de faiblesse. Ses erreurs ont permis à l'opposition non seulement de partager le pouvoir, mais également d'enregistrer quelques aquis importants au détriment de l'intérêt du pays. Ainsi, après le coup de force militaire orchestré par cette opposition en mai 2008, elle a obtenu le tiers de blocage et la formation d'un gouvernement d'union nationale. La seule vertu de ce gouvernement est qu'il est torpillé par l'intérieur. Autre erreur : abaisser l'âge de vote à 18 ans.  Il s'agit certes d'une avancée mais pour être complète, elle devait se produire en parralèle  avec l'octroi du droit de vote aux libanais expatriés. En laissant passer l'un des deux volets, la majorité actuelle a peut-être hypothéqué sa chance de remporter une victoire éclatante et sans appel. Mon souhait comme celui de l'écrasante majorité des libanais est de vivre dans un pays paisible, un pays de cohabitation harmonieuse et de respect mutuel sous l'autorité du seul Etat. Pour cela, la nouvelle majorité que j'espère celle du 14 mars, devra faire preuve de détermination, de courage et doit surtout passer des slogants aux actes. Le Liban et les libanais ont trop souffert souvent en lieu et place des autres. Il est grand temps de replacer le pays dans le concert des nations civilisées. Ainsi les dirigeants actuels surtout ceux du 14 mars ont choisi la ligne nationale à tout autre considération. Dès lors, pour que leur travail au service du Liban soit complet, ils sont dans l'obligation d'ouvrir la voie à la nouvelle génération pour asseoir un esprit de paix et de cohéxistence permanente dans ce pays. Cette nouvelle génération est déjà là. Il s'agit de la soutenir, de l'encadrer et de tout mettre en oeuvre pour qu'elle réussisse la construction du nouveau Liban terre de confort et d'acceuil pour tous les libanais. Contairement au général Aoun qui ne voit en elle que l'inexpérience et qui la dénigre de peur qu'elle le coiffe, c'est avec elle et par elle que réside le salut du pays.

21:39 Écrit par Youssef RIZK dans Liban | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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